dissabte, 15 de maig de 2010

Els principis traduits

El meu amic Jean Pierre m'ofereix aquesta traducció dels meus quinze principis. Us l'ofereixo. Sempre fa il.lusió llegir les teves idees en altres idiomes.



L’éducation lente: Quinze principes


C’est l’un des paradoxes de notre société : alors que nous obtenons la plus grande espérance de vie, nous avons le sentiment que le temps nous échappe, qu’il raccourcit et que nous avons moins de temps que jamais. Notre temps est fragmenté, sans continuité. Notre société occupe et organise jusqu’à la dernière minute de notre quotidien ; plus personne n’y est maître de son propre temps. Notre temps est celui de l’avance rapide, de l’accélération, de penser que faire les choses le plus vite possible et le plus rapidement possible est le mieux ; ce temps-là entraîne vers la superficialité et le manque de consistance des événements. Dans ce temps-là, la quantité prime sur la qualité ; le temps que nous avons consacré à un événement est plus important que l’événement lui-même.

Ce type de temps entraîne un type d’école : une école avec un curriculum fragmenté, avec des apprentissages non pertinents et éphémères, une école dans laquelle la quantité de temps que nous accordons à telle ou telle activité est primordiale et qui ne tient pas compte de ce qui se passe réellement dans les classes. Une école avec des programmes surchargés, dans laquelle aucun de ses agents les plus importants (ni l’élève, ni le professeur) ne peut prendre de décisions quant à l’organisation de son propre temps.

Face à cette conception de l’école et de la société, l’éducation lente propose une réflexion qualitative qui réinvente le concept grec de Kairos – le temps de la qualité, des événements, des processus, de la nature… - face au Chronos – le temps qui limite, qui clôt, qui quantifie… Elle propose un ensemble de quinze principes, résumés ci-dessous :

1/ L’éducation est une activité lente.
De par sa nature, l’éducation est une activité lente. C’est un long chemin, avec plusieurs étapes, par lequel, au travers d’une multitude de situations, les personnes progressent intellectuellement et émotionnellement. L’éducation profonde qui conduit à la compréhension des phénomènes et du monde – et qui va plus loin qu’une simple transmission – s’étire dans le temps et demande une attitude ouverte et flexible pour se développer.

2/ Les activités éducatives définissent elles-mêmes leur temps nécessaire (et non l’inverse).
Chaque apprentissage a besoin d’un temps spécifique pour se développer et s’affermir. Pour changer les connaissances en savoirs, il est besoin d’un temps qui soit ouvert sous plusieurs dimensions. L’éducation lente, dans sa recherche du temps juste, accorde le temps adéquat à chaque apprentissage ; elle part de l’idée que toute activité éducative doit définir son propre temps.

3/ En éducation, moins c’est plus.
La surcharge de contenus et d’objectifs éducatifs ne produit pas directement davantage d’apprentissages. Souvent, la quantité entraîne la superficialité, alors qu’en éducation les apprentissages en profondeur sont ceux qui comptent. Les apprentissages bien établis sont ceux qui durent, ce qu’il est difficile d’obtenir lorsque nous nous donnons trop d’objectifs ou lorsque nous voulons les atteindre de manière rapide. Pour ces raisons, il serait opportun que les finalités et les objectifs soient sélectionnés par et selon chaque contexte éducatif.

4/ L’éducation est un processus qualitatif.
L’éducation est un processus qui affecte notre manière de sentir, de penser et d’agir ; l’éducation n’est pas la répétition, la reproduction ou l’accumulation d’un nombre donné d’informations, structurées et séquencées dans un manuel. L’éducation se fonde sur l’acquisition de stratégies, de connaissances, de valeurs, de compétences… qui nous font plus humain, citoyen actif d’une société complexe. L’éducation a pour finalité des apprentissages amples, profonds, durables et qui ont du sens.

5/ Le temps éducatif est global et inter-relié.
L’enseignement fragmente et compartimente ce qui, dans l’être humain et dans ses apprentissages est inter-relié. La distinction entre éducation formelle, non-formelle et informelle, n’a pas grand sens, sachant que les stimuli, les espaces et les moments éducatifs font partie d’un même processus individuel et collectif. L’éducation formelle peut être une bonne occasion pour intégrer les différents apprentissages d’une manière plus systématique, à partir de leur complémentarité.

6/ La construction d’un processus éducatif se doit d’être soutenable.
L’éducation se construit en tenant compte des apports du passé – le bagage, le point de départ - et en tenant compte des conséquences qu’auront, dans le futur, nos agissements présents. La « soutenabilité » implique la continuité des projets, leur assurant, par la même occasion, viabilité et durabilité.

7/ Chaque enfant – et chaque personne – a besoin d’un temps propre pour ses apprentissages.
Vu qu’aucun élève – et aucune personne – n’acquiert ses apprentissages de la même manière, l’attention portée à chaque apprenant se doit d’être modulée. L’aisance ou la difficulté à construire, les aspects plus proches ou plus lointains, les situations de départ, les intérêts et les compétences individuelles… déterminent des rythmes singuliers pour chacun que l’éducateur a intérêt à connaître et à respecter.

8/ Chaque apprentissage a son moment.
« Ce n’est pas en tirant sur les salades qu’elles vont pousser plus vite (1) ». Même si nous avançons les apprentissages dans le temps, nous n’obtiendrons pas de meilleurs résultats à moyen et à long terme. En éducation, « avant » n’est pas toujours « meilleur » et chaque apprentissage demande un temps adéquat qu’on ne peut que respecter. Un apprentissage fait avant le moment adéquat peut donner des résultats spectaculaires à court terme ; mais, à plus long terme, il faut analyser si cela a été bénéfique pour la personne ou pas et quels sont les aspects qui ont été alors probablement perdus en chemin. Cela ne signifie pas que, dans le processus d’apprendre, nous ne rencontrerons pas de défis difficiles et significatifs – comme un effort intellectuel important qu’il faudra stimuler et soutenir.

9/ Pour profiter au mieux du temps, définir et hiérarchiser les finalités de l’éducation.
Le problème n’est pas le manque de temps, mais l’usage que nous en faisons. Au lieu des habituelles affirmations que nous manquons de temps, voyons plutôt comment dégager des priorités. La définition des finalités de l’éducation est la condition première pour en dégager ses priorités. Gérer et organiser le temps sans définir les finalités conduit à un modèle technique et bureaucratique de l’organisation du temps éducatif.

10/ L’éducation nécessite du temps sans temps.
Pour installer et consolider des apprentissages, nous avons besoin de temps et d’espace vides de pressions et de contenus. L’éducation ne doit pas être une activité académique constante. Nous devons essayer de décélérer l’éducation formelle. Mais il existe aussi un grand nombre d’activités et de moments éducatifs qui prennent du temps et qui, bien que dépourvus d’apprentissages de manière directe, ont néanmoins une répercussion sur ces apprentissages.

11/ Rendre la maîtrise du temps à l’apprenant.
Laisser du temps aux apprenants pour assimiler, pour vivre, pour connaître, pour apprendre, pour construire leurs propres apprentissages. Avoir du temps et l’utiliser de façon libre et autonome permet de mieux apprendre. Ceci suppose de libérer du temps occupé par tellement d’activités, dès le plus jeune âge – activités qui, le plus souvent, satisfont davantage nos besoins d’adulte que les besoins des enfants.

12/ Repenser le temps des relations entre adultes et enfants.
Si nous récupérons du temps pour les enfants, la conséquence logique est que nous aurons à repenser le temps partagé avec eux, pour prendre en compte que le temps éducatif est diffus, épars, avec des rythmes différents, adéquat, propre à chacun. Ceci est important dans la famille où se manifestent une crise des fonctions et un doute sur son rôle éducatif et socialisant vis-à-vis des enfants.

13/ Redéfinir le temps des éducateurs.
Le temps des professionnels de l’éducation demande à être redéfini dans une perspective qui prenne en compte leur dimension professionnelle et personnelle. Ce temps doit leur permettre de réfléchir et d’échanger, de faciliter le travail dans les centres scolaires ou de formation, de rompre les rythmes stressants, et de disposer d’espaces non formels de relation et de formation. Notre priorité est l’éducation en profondeur, l’auto-réalisation de l’élève et la qualité de ses apprentissages. Nous n’avons pas à consacrer tout notre temps à obtenir des résultats à court terme, à favoriser la compétition ou la sélection.

14/ L’école doit éduquer au temps.
L’éducation formelle peut jouer un rôle important pour diffuser ce nouveau regard sur le temps. L’éducation au temps est un aspect important du curriculum, au travers des principes ci-dessus : pauses, respect des rythmes, gestion autonome du temps, horaires flexibles…
Proverbe africain : Tous les blancs ont une montre mais tous manque de temps.

15/ L’éducation « lente » fait partie de la rénovation pédagogique.
Les communautés éducatives qui s’interrogent sur la gestion du temps se donnent un moyen d’améliorer les processus éducatifs. Cette interrogation en profondeur sur le temps éducatif demande beaucoup de confiance en soi, un professionnalisme engagé et réfléchi, ainsi qu’une aptitude critique face à certaines exigences et pressions de l’administration ou de certains secteurs de la société.


Loin d’être un nouveau modèle éducatif, pédagogique ou didactique, ces principes sont davantage une proposition pour réfléchir, à travers un nouveau regard sur le concept du temps, sur l’amélioration de toute éducation. Il ne s’agit pas tant de mieux nous organiser que d’être capable d’ajuster les actes éducatifs, à la fois, à l’activité et à l’apprenant. Redonner du temps aux apprentissages, aux agents de l’éducation, dans une perspective qualitative, est une des clés pour tenter d’améliorer ce processus si important pour notre société.



*Traduit et adapté de l’espagnol (Espagne) par Jean-Pierre Lepri.


(1) Célestin Freinet.